Black Cats Média

Antoine VASA – Média indépendant, participatif, d’éducation populaire. Crise de la réalité – Anthropocène – Politiques publiques, Démocratie et Institutions – Business as usual ? – International – LXD (Lutte contre l’extrême droite). Des entretiens animés de façon inclusive et pédagogique. Des scientifiques, militant-es, politiques et personnalités diverses nous racontent leurs vies, leurs luttes, leurs rêves – Focus sur la gestion des Villes. Et pourquoi pas, des dates de spectacles et de conférences d’éducation populaire.

Je suis Antoine VASA, je suis née le 17 août 1997, un dimanche. Cuisinier de formation, comédien et batteur amateur. J’ai passé plus de 5 ans dans un parti politique de gauche et écologiste, pour devenir journaliste maintenant. Je n’ai pas encore de carte de presse, mais je m’appliquerais pour être rigoureux et professionnel aux yeux du public et des journalistes expérimentés.


  • Un monde qui étouffe : ce que les canicules de 2026 révèlent de notre système


    Un monde qui étouffe : ce que les canicules de 2026 révèlent de notre système

    Depuis le mois de mai, la planète enchaîne les épisodes de chaleur extrême avec une précocité et une intensité qui ont surpris jusqu’aux climatologues les plus alarmistes. En France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Espagne, mais aussi aux États-Unis, en Inde, au Pakistan ou en Australie, les compteurs s’affolent : records de température diurne, records de température nocturne, records de durée, records de mortalité. Ce n’est plus un épisode isolé que l’on commente puis que l’on oublie : c’est un climat qui change de régime sous nos yeux, pendant que les appareils d’État peinent, ou renoncent, à s’adapter.

    Ce dossier propose de prendre le temps d’expliquer ce qui se passe, pourquoi cela se passe, ce que cela coûte en vies humaines, et pourquoi la focale strictement météorologique ne suffit plus à comprendre l’ampleur du problème. Car derrière chaque courbe de température se cache une somme de décisions politiques, budgétaires et industrielles qui ont façonné notre vulnérabilité collective.

    Une saison de tous les records

    La première vague est arrivée dès la fin du mois de mai, avec des températures nationales moyennes en France dépassant les 24 degrés dès le 26 du mois, un niveau habituellement associé au cœur de l’été. Une deuxième vague a suivi de la mi-juin au début juillet, avec un pic les 23 et 24 juin : ce dernier jour est devenu, selon Météo-France, la journée la plus chaude jamais enregistrée dans le pays, toutes stations confondues, avec une moyenne nationale jour-nuit proche de 30 degrés. La ville de Saumur a grimpé jusqu’à 44 degrés. Sur cette seule séquence, près de 500 records mensuels ou absolus sont tombés en une seule journée, et 72 départements — les trois quarts du territoire — ont dû être placés en vigilance rouge, un niveau d’alerte qui n’avait jamais concerné autant de zones à la fois depuis sa création.

    Le reste de l’Europe n’a pas été épargné. Le Royaume-Uni a battu, fin juin, un record de chaleur mensuel vieux de cinquante ans, avant de connaître un troisième épisode caniculaire début juillet, avec un nombre inédit de journées dépassant les 34 degrés sur l’année. La Belgique a vécu ce qui est déjà considéré comme sa canicule la plus meurtrière depuis trente ans, avec une surmortalité mesurée à près de 48 % sur une dizaine de jours. Les Pays-Bas ont connu leur toute première « super-canicule », trois jours consécutifs au-dessus de 35 degrés, entraînant la fermeture d’écoles et l’annulation de plusieurs grands événements sportifs et culturels. En Autriche, en Allemagne, en Suisse, au Portugal, en Espagne, des records locaux sont tombés les uns après les autres. Même la Biélorussie a, pour la première fois de son histoire, dépassé les 40 degrés. Selon les estimations les plus récentes de plusieurs équipes de recherche, la seule séquence de juin aurait causé, à l’échelle du continent, entre 15 000 et plus de 20 000 décès en excès.

    De l’autre côté de l’Atlantique, un dôme de chaleur historique s’est installé sur l’est et le centre des États-Unis au moment même où le pays célébrait, début juillet, le 250e anniversaire de sa fondation. Plus de 200 millions d’Américains se sont retrouvés sous alerte à la chaleur extrême, avec des indices de chaleur ressentie dépassant 45 degrés dans plusieurs grandes villes de la côte Est. Des défilés du 4 juillet ont dû être annulés à Philadelphie comme à Washington, où la température a atteint un record historique pour la date. Un second dôme s’est ensuite formé sur l’ouest du pays, avec des pointes à 45 degrés à Phoenix. Au Canada, la chaleur s’est accompagnée d’orages violents qui ont privé des dizaines de milliers de foyers d’électricité en pleine vague de chaleur, une combinaison particulièrement dangereuse pour les personnes dépendantes de la climatisation ou d’appareils médicaux.

    En Asie du Sud, la canicule a commencé dès le mois de mai, avec des températures dépassant 46 degrés en Inde et au Pakistan, accompagnées de températures nocturnes anormalement élevées qui empêchent le corps de récupérer et font grimper la mortalité, tout en mettant sous tension extrême les réseaux électriques régionaux. En Australie, dès la fin janvier, un dôme de chaleur avait déjà porté les températures à près de 49 degrés dans plusieurs États. L’Argentine, l’Amérique du Sud et l’Afrique australe n’ont pas non plus été épargnées par des épisodes de sécheresse et de chaleur extrême qui ont fragilisé les récoltes et le bétail.

    Ce tour du monde n’est pas un inventaire anecdotique. Il dessine la carte d’un système climatique qui a changé d’échelle, et il faut désormais comprendre pourquoi.

    Comprendre le phénomène : dômes de chaleur, El Niño et réchauffement climatique

    Trois mécanismes se combinent actuellement, et il est utile de les distinguer pour ne pas tout mélanger.

    Le premier est purement météorologique : le dôme de chaleur. Il s’agit d’une zone de haute pression qui se forme en altitude et reste bloquée au-dessus d’une région pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Cette « cloche » atmosphérique emprisonne l’air chaud en dessous, empêche la formation de nuages et bloque l’arrivée de perturbations plus fraîches. Plus le blocage dure, plus le sol se réchauffe, ce qui renforce à son tour le dôme : un cercle qui s’auto-alimente. C’est ce phénomène qui a été identifié comme le principal moteur des canicules françaises, européennes et nord-américaines de cette année.

    Le deuxième facteur est cyclique : le retour d’El Niño. Ce phénomène naturel, qui correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, influence les régimes de vent et de précipitation à l’échelle planétaire. Après plusieurs années de conditions plutôt neutres ou de La Niña, l’Organisation météorologique mondiale a confirmé début juin le retour d’un épisode El Niño, avec une probabilité élevée qu’il devienne l’un des plus intenses jamais enregistrés. Historiquement, les années El Niño sont associées à des températures mondiales plus élevées et à une fréquence accrue d’événements extrêmes.

    Le troisième facteur, le seul qui soit structurel et non cyclique, est le réchauffement climatique d’origine humaine, résultat de l’accumulation de gaz à effet de serre issus de la combustion des énergies fossiles depuis le début de l’ère industrielle. C’est ce facteur qui explique pourquoi des dômes de chaleur et des épisodes El Niño similaires à ceux du passé produisent aujourd’hui des résultats bien plus extrêmes qu’il y a cinquante ans. Le réseau de scientifiques World Weather Attribution, qui évalue en temps quasi réel le rôle du changement climatique dans les événements extrêmes, a calculé qu’une configuration météorologique équivalente à celle de juin 2026 aurait produit, dans un climat comme celui de 1976, un épisode plus frais de plusieurs degrés. Une équipe du CNRS est arrivée à une conclusion voisine : sans le réchauffement climatique, les températures observées en Europe durant l’épisode auraient été inférieures de deux à quatre degrés. Dit autrement, la probabilité qu’un tel épisode survienne au mois de juin il y a cinquante ans était proche de zéro.

    Ce dérèglement ne se limite pas à des pics ponctuels. Il modifie la structure même du climat : en France, la moitié des vagues de chaleur recensées depuis quatre-vingts ans se sont produites depuis 2010 seulement. Les vagues de chaleur commencent aussi plus tôt dans l’année, ce qui expose des populations et des infrastructures qui ne sont pas encore préparées à ce niveau de chaleur, contrairement au cœur de l’été où certains réflexes de protection sont mieux ancrés.

    Un dernier élément mérite d’être expliqué pédagogiquement : le rôle des nuits tropicales, ces nuits durant lesquelles la température ne redescend pas sous les 20 degrés. Elles sont considérées par les médecins comme l’un des marqueurs les plus dangereux d’une canicule, car elles privent l’organisme du répit nocturne indispensable à sa récupération thermique. Un corps qui ne parvient jamais à se refroidir accumule un stress physiologique qui, au bout de plusieurs jours, peut devenir mortel, en particulier chez les personnes âgées, les nourrissons, les malades chroniques et les personnes en situation de précarité énergétique, c’est-à-dire dans l’incapacité de maintenir leur logement à une température supportable.

    Le bilan humain : un système de santé à un point de bascule

    Au-delà des degrés, il y a les corps. Selon les décomptes de l’Organisation mondiale de la santé, plus de 1 300 décès en excès ont été attribués aux vagues de chaleur européennes rien que sur la dernière semaine de juin. Des estimations académiques plus larges, portant sur l’ensemble de la séquence de juin, avancent des chiffres nettement supérieurs, de l’ordre de 15 000 à plus de 20 000 décès en excès à l’échelle du continent, sans même compter les vagues de mai et de juillet.

    En France, les services hospitaliers ont décrit un système à un point de rupture après une semaine de chaleur continue : hyperthermies, malaises cardiaques, saturation des urgences, et dans certaines régions, des services funéraires débordés au point que des solutions temporaires ont dû être improvisées pour l’accueil des corps. Les personnels soignants, déjà sous tension chronique, ont dû absorber ce choc supplémentaire avec des moyens qui n’avaient pas été renforcés en amont. En Espagne, plus de 200 décès ont été attribués à la seule séquence du 21 au 24 juin par les autorités sanitaires. En Belgique, la surmortalité a atteint des niveaux jamais observés depuis trente ans.

    Un fait mérite d’être souligné, car il est trop souvent minimisé : la première ligne de fragilité, ce n’est pas l’hôpital, c’est l’isolement. En France, plus de 750 000 personnes âgées vivent aujourd’hui dans un isolement suffisamment marqué pour que personne ne s’inquiète si elles ne donnent pas de nouvelles pendant plusieurs jours. Ce sont elles qui meurent, seules, chez elles, souvent plusieurs jours avant que quiconque ne s’en aperçoive. Ce chiffre à lui seul devrait suffire à faire de la lutte contre l’isolement social un axe central de toute politique climatique sérieuse, au même titre que la climatisation des hôpitaux ou l’isolation thermique des logements.

    Le prix du renoncement politique

    C’est ici que la dimension strictement scientifique du sujet rencontre une dimension éminemment politique, et c’est cette articulation que ce média entend mettre en lumière plutôt que de la dissoudre dans un simple bulletin météo.

    En France, la polémique a explosé fin juin lorsque les député·es écologistes ont accusé l’exécutif d’impréparation, allant jusqu’à évoquer un bilan potentiel de plusieurs milliers de morts et à annoncer le dépôt d’une motion de censure soutenue par l’ensemble de la gauche. Au cœur de la controverse : le sort du Fonds vert, l’instrument budgétaire censé financer l’adaptation des collectivités territoriales au changement climatique — isolation des bâtiments publics, végétalisation, gestion de l’eau. Créé en 2023 avec une dotation de 1,5 milliard d’euros, porté ensuite à 2,5 milliards, ce fonds a été réduit à 837 millions d’euros dans la dernière loi de finances, soit une division par trois en deux ans à peine. Le ministre délégué chargé de la Transition écologique a justifié cette coupe par l’état des finances publiques et un calendrier électoral local jugé peu propice aux nouvelles dépenses, tandis que le Premier ministre a qualifié d’absurde le fait de faire de ce fonds le symbole de l’inaction gouvernementale.

    Cette défense institutionnelle se heurte cependant à plusieurs constats difficiles à balayer. D’abord, le plan national d’adaptation au changement climatique présenté l’année précédente est jugé, y compris par des sénateurs de la majorité présidentielle, largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins : isolation des hôpitaux et des écoles, sortie de politiques de rénovation énergétique jugées erratiques, généralisation de dispositifs de répit pour les travailleurs exposés à la chaleur. Ensuite, une ancienne Première ministre elle-même s’est publiquement inquiétée d’un recul de l’ambition écologique depuis son départ de Matignon. Enfin, le déni des besoins d’adaptation matérielle du pays — villes largement bétonnées et donc sujettes aux îlots de chaleur urbains, absence quasi générale de climatisation dans les hôpitaux publics, précarité énergétique persistante — apparaît de plus en plus comme un choix politique cumulé sur plusieurs années plutôt que comme une simple contrainte budgétaire ponctuelle.

    Ce débat n’est pas propre à la France. Aux États-Unis, la gestion du dôme de chaleur de juillet est intervenue alors même que l’administration fédérale multiplie les prises de position hostiles aux politiques climatiques et aux énergies renouvelables, ce qui alimente, selon de nombreux commentateurs, un climat d’impréparation structurelle face à des événements pourtant de mieux en mieux anticipés par la science du climat. En Europe plus largement, le débat sur la généralisation de la climatisation — beaucoup moins répandue qu’aux États-Unis ou en Chine — s’est invité dans le débat public, opposant les tenants d’une adaptation rapide par la technologie à ceux qui rappellent que la climatisation, gourmande en électricité, peut aggraver la pression sur les réseaux au moment précis où elle est le plus sollicitée, et qu’elle ne résout rien pour les usagers qui n’ont pas les moyens de s’en équiper ni de payer la facture qui l’accompagne.

    Cette tension illustre une contradiction plus large de nos sociétés : nous cherchons des réponses technologiques individuelles à une crise systémique, collective et largement héritée de choix industriels et énergétiques anciens. Multiplier les climatiseurs sans repenser l’urbanisme, l’isolation des bâtiments, la répartition des ressources et la solidarité envers les plus isolés, c’est traiter les symptômes en laissant la maladie progresser, et parfois même l’aggraver en consommant davantage d’électricité produite à partir de sources fossiles.

    Anthropocène : sortir du fait divers météorologique

    Il est tentant de traiter chaque canicule comme un événement météorologique isolé, spectaculaire, puis vite oublié dès que le thermomètre redescend. C’est précisément ce réflexe qu’il faut combattre. Ce que les données de cette année 2026 montrent, c’est l’entrée progressive dans un régime climatique différent, dans lequel des événements qualifiés autrefois d’exceptionnels deviennent la norme statistique, et dans lequel les étés que nous connaissons aujourd’hui seront probablement, avec le recul, comptés parmi les plus frais du reste de nos vies si la trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre n’est pas infléchie.

    Cette trajectoire actuelle conduit certains scénarios à évoquer un réchauffement de l’ordre de 4 degrés d’ici la fin du siècle pour un pays comme la France. Dans un tel scénario, une étude parue dans une revue scientifique de référence estime que le nombre médian de décès liés à la chaleur pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers par an sur le seul territoire français. C’est cette perspective, et non la seule canicule de l’été, qui devrait structurer le débat politique.

    C’est là que la notion d’Anthropocène prend tout son sens pédagogique : elle désigne cette période géologique nouvelle où l’activité humaine, et plus précisément un mode de développement industriel fondé sur la combustion massive d’énergies fossiles, est devenue la force géophysique dominante qui façonne le climat, les écosystèmes et, en définitive, les conditions mêmes de vie sur Terre. Les canicules ne sont pas un accident climatique extérieur à nos sociétés : elles sont la trace physique, mesurable, de décennies de choix économiques et politiques qui ont privilégié le court terme sur la soutenabilité, y compris dans les pays qui, comme la France, se présentent volontiers comme des modèles de transition écologique.

    Comprendre cela, c’est aussi comprendre pourquoi la critique de l’inaction publique n’est pas un simple exercice partisan de circonstance, mais une exigence démocratique. Quand un gouvernement réduit de deux tiers en deux ans le principal outil budgétaire d’adaptation climatique des territoires, il fait un choix politique qui aura des conséquences sanitaires mesurables, non dans un futur lointain, mais dès la prochaine vague de chaleur. Ce choix engage la responsabilité de celles et ceux qui le prennent, au même titre que n’importe quelle autre décision de santé publique.

    Ce que l’on peut faire, à toutes les échelles

    Face à ce constat, le risque est double : soit le fatalisme, qui conduit à l’inaction individuelle et collective, soit le déni, qui refuse de voir le changement d’échelle du problème. Entre les deux, il existe une troisième voie, plus exigeante mais plus utile : l’adaptation lucide couplée à l’exigence politique.

    À l’échelle individuelle et collective de proximité, cela passe par des réflexes simples mais trop souvent négligés : prendre régulièrement des nouvelles des personnes âgées ou isolées de son entourage pendant les épisodes de chaleur, adapter les horaires de travail et d’activité physique, végétaliser ce qui peut l’être, y compris à petite échelle, et soutenir les dispositifs locaux de solidarité, souvent portés par des associations ou des collectifs de quartier davantage que par les pouvoirs publics eux-mêmes.

    À l’échelle des politiques publiques, les pistes existent et sont documentées : isolation thermique généralisée des bâtiments publics et des logements, en particulier ceux occupés par des populations précaires ou âgées ; désimperméabilisation des sols urbains et déploiement de la végétation en ville pour limiter les îlots de chaleur ; renforcement des réseaux électriques pour éviter que les pics de demande en climatisation ne provoquent des coupures au pire moment ; création de dispositifs de répit, comme un congé climatique déjà expérimenté ailleurs en Europe pour les travailleurs les plus exposés ; et surtout, sanctuarisation dans la durée des budgets consacrés à l’adaptation, plutôt que leur instrumentalisation au gré des calendriers électoraux et des arbitrages budgétaires de court terme.

    Enfin, à l’échelle de l’éducation populaire, qui est la raison d’être de ce média, il s’agit de continuer à documenter, expliquer, mettre en perspective, pour que chacune et chacun puisse se forger une opinion informée sur ce qui constitue sans doute l’enjeu politique majeur des prochaines décennies. Ni catastrophisme paralysant, ni optimisme naïf : de la rigueur scientifique, de la clarté pédagogique, et l’exigence, toujours, de nommer les responsabilités politiques là où elles se trouvent.

    Les prévisionnistes annoncent déjà le retour possible de chaleurs extrêmes pour la mi-juillet. La question n’est plus de savoir si ces épisodes se répéteront, mais si nos sociétés choisiront enfin de s’y préparer sérieusement, ou si elles continueront à découvrir, vague après vague, le prix de leurs renoncements.

    J’ai trois passions dans ma vie : les enfants, les paysages et l’architecture.


  • Revue de Paresse


    10/10/2025 // 15h // Crise politique // Qui pour succéder à Sébastien Lecornu // Rencontre à l’Élysée avec les partis de gauche // Prises de parole diverses

    La France insoumise débute sa conférence de presse par la voix de Jean-Luc Mélenchon :

    « Oui, il faut qu’Emmanuel Macron s’en aille pour que le peuple et le pays soient libérés de l’entrave qu’il représente à sa dignité. Nous le disons avant qu’il ne prenne sa décision et avec l’espoir de peser sur elle. Faute de pouvoir lui dire directement. Mais en définitive, qu’est-ce que cela change ? Puisque cela n’est pas discutable. »

    Marine Tondelier, déchaînée :

    « Emmanuel Macron empêche la force politique arrivée en tête des législatives de gouverner, en nous prétendant qu’il y a d’autres hypothèses plus stables. Résultat : le premier, Michel Barnier, a été le plus éphémère Premier ministre avant Sébastien Lecornu ; le 2e, François Bayrou, a engagé sa responsabilité et l’a vue rejetée (une première pour la Ve République). Et le 3e [démissionne en moins d’un mois]. Tout ça a assez duré ! […] Nous, nous sommes prêts ! »

    Marine Le Pen, quant à elle, dans un numéro acrobatique de tricotage rhétorique, sur un air sinistre, spectaculairement mécanique :

    « Comme si le piteux spectacle offert par les jeux partisans, qui a pris une intensité particulière depuis un mois, mettait sur pause les difficultés de nos éleveurs et agriculteurs. » Elle poursuit sur un air encore plus sinistre : « […] Aucune politique et aucune actualité partisane ne passera jamais avant l’intérêt des Français. […] Actualité politique d’une insondable médiocrité. » Bla bla bla bla bla bla. Synthèse de 50 min de conférence de presse (et en visite au Salon de l’élevage de Cournon, à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme) : « C’est moi que je suis indispensable. »

    Olivier Faure (PS) : silence radio.

    Mais alors : Qui à la succession de Sébastien Lecornu ?

    Avec des pincettes : on se souvient notamment de la mort de Rémi Fraisse, militant écologiste, « tué à la suite de l’explosion d’une grenade OF-F1 tirée par un gendarme – Mort de Rémi Fraisse — Wikipédia ». // Bernard Cazeneuve était alors ministre de l’Intérieur. // On parle de lui [B. Cazeneuve] comme potentiel nouveau Premier ministre « avec une sensibilité de gauche ». // à suivre…

    Conclusion avec Sandrine Rousseau : « Comment, dans une situation aussi complexe que celle d’aujourd’hui, pourrions-nous avoir véritablement une politique de gauche alors que la situation est beaucoup plus compliquée et que les majorités sont beaucoup plus [difficiles à construire ?] » L’éditorialiste de BFM lui coupe la parole…

    J’ai trois passions dans ma vie : les enfants, les paysages et l’architecture.


  • Ville à hauteur d’enfants


    J’ai trois passion dans la vie ; les jardins (et les paysages), l’architecture et les enfants !

    Architecte de formation, Nathalie Torrejon intervient à la fois sur des projets de bâtiments publics,
    notamment des écoles, et sur des aménagements urbains. Elle mène sa professionnelle depuis
    plus de 20 ans dans l’agence d’urbanisme Thal archi à Pau – axant son engagement vers le
    patrimoine, l’architecture, l’urbanisme et le paysage – elle revendique une approche transversale,
    renforcée récemment par l’intégration d’un paysagiste à son équipe.
    « Ce lien entre architecture, espace public et paysage est essentiel », souligne-t-elle. Forte de 25
    ans d’expérience en sensibilisation à l’environnement urbain, elle milite pour une culture urbaine
    partagée, construite par la participation citoyenne. Son engagement, nourri par une démarche
    écologiste, vise à penser la ville de manière globale, « holistique » diraient certain-es. Pour elle, la
    ville à hauteur d’enfant est une entrée puissante pour repenser collectivement nos espaces de
    vie.

    Repenser la ville avec ses habitants, dès l’enfance
    Pour Nathalie Torrejon, le « ménagement » (petit point sémantique : le « a » d’ « aménagement »
    prive le « ménage » de l’espace public) urbain est un enjeu collectif trop souvent accaparé par des
    pseudos experts. « Ces projets, qu’ils soient utiles ou non, coûtent extrêmement cher. Pourtant,
    les citoyens sont largement écartés des décisions, alors qu’ils sont directement concernés ».
    L’architecture façonne nos vies quotidiennes : logement, espace public, vivre-ensemble. « C’est
    un sujet universel, mais le débat est confisqué. »
    Depuis plus de 25 ans, elle œuvre à retisser ce lien entre citoyen-nes et territoire, notamment par
    la sensibilisation des enfants. « Éduquer les enfants, c’est aussi toucher les adultes. » Dans cette
    logique, elle a organisé des colloques réunissant professionnels de l’aménagement et de
    l’éducation, pour combler le vide laissé par l’École sur les questions urbaines et architecturales.
    Mais face à l’urgence écologique, elle pointe l’immobilisme des professionnels : « On sait depuis
    longtemps ce qu’il faut faire et arrêter de faire. Et pourtant, les pratiques n’ont pas été repensées
    en profondeur. » Elle évoque alors la notion de seuil, chère à l’architecture : le moment de la prise
    de conscience, irréversible. « Comme le tri des déchets : une fois qu’on comprend, on ne revient
    plus en arrière. » Et une fois qu’on a compris qu’une ville adaptée aux enfants l’est pour tout le
    monde… La ville à hauteur d’enfant, dans cette perspective, devient une clé d’entrée pour
    repenser les usages, les espaces et les pratiques. « Penser la ville pour les enfants, c’est penser
    une ville plus juste et inclusive. »

    Former les enfants, c’est bâtir la ville de demain
    « Enfonçons une porte ouverte : l’enfance, c’est l’avenir ! » Travailler avec les enfants, c’est bien plus
    qu’un acte pédagogique : c’est un levier puissant pour toucher toute la société. Parents,
    enseignants, éducateurs… « Quand on implique les enfants, on entraîne tout leur écosystème. »
    Après des années d’interventions en milieu scolaire, elle constate un déficit massif de culture
    architecturale dans la population – enseignants compris. « On a parfois presque autant transmis
    aux adultes qu’aux enfants. » Et pour elle, le constat est clair : un espace conçu pour les plus
    jeunes, donc pour les plus vulnérables, est un espace bienveillant et sûr pour tous. « Une ville
    pensée à hauteur d’enfant, c’est une ville sans dangers, sans pollutions inutiles, sans voitures
    menaçantes. »
    Son engagement prend racine dans un long parcours associatif. Pendant près de vingt ans, elle
    développe des outils pédagogiques et forme des jeunes professionnels à la médiation
    architecturale, tout en exerçant en parallèle en tant qu’architecte. « Les cordonniers sont toujours
    les plus mal chaussés », confessant par-là qu’il lui aura fallu du temps pour réussir à relier
    pleinement les deux bouts – associatif et professionnel.
    Depuis cinq ans, cette articulation est devenue centrale dans sa pratique : ateliers dans les
    écoles, explications de projets en classe, pédagogie autour de la notion de « plan architectural »,
    transformés en plateaux de jeu pour les jeunes et aussi les moins jeunes. Une manière ludique
    d’initier les enfants à la lecture de l’espace, à l’architecture et à la ville – pour leur apprendre, tout
    simplement, à lever la tête.

    Écologie, participation et radicalité choisie
    Depuis cinq ans, Nathalie Torrejon a franchi un cap. « Le COVID a marqué un tournant. Il y a eu un
    avant et un après », affirme-t-elle. Cette crise a agi comme un déclencheur, la poussant à aligner
    pleinement ses convictions écologiques et sociales avec sa pratique professionnelle.
    « Désormais, ce sera écolo ou ce ne sera pas. »
    Pour elle, plus question de compromis : l’écologie ne peut plus être accessoire, ni la participation
    un simple alibi. Notamment dans les projets d’espaces publics, elle exige une implication réelle
    des habitant-es, et particulièrement des enfants – « car en s’adressant à eux, on touche l’ensemble
    de la société par ricochet ».
    Mais cette démarche soulève aussi des questions éthiques : jusqu’où peut-on aller en mobilisant
    les enfants dans des processus participatifs ? Sommes-nous en train de faire passer nos idées
    par leur biais ? Est-ce de la sensibilisation ou une forme de manipulation ?
    Ce qui reste certain, pour elle, c’est que penser des espaces adaptés aux enfants revient à
    concevoir des lieux adaptés à tous. « C’est une architecture plus douce, plus inclusive, plus
    respectueuse du vivant. Et c’est, aujourd’hui, la seule voie que je souhaite suivre. »

    Réinventer la ville avec ses habitants, dès l’enfance
    Dans le cadre du programme Petites Villes de Demain, Nathalie Torrejon et son équipe se sont
    engagées à repenser l’organisation urbaine de plusieurs communes à l’horizon des 10 à 20
    prochaines années. Une ambition forte, mais surtout une méthode à contre-courant : créer un
    plan guide en résidence, en s’installant dans la commune pour travailler avec les habitants, au
    cœur de leur quotidien.
    À Monflanquin, village médiéval du Lot-et-Garonne, l’expérience a pris tout son sens. « La mairie
    nous avait mis à disposition une salle sur la place du village. Les gens entraient, sortaient, nous
    voyaient travailler. On faisait nos diagnostics en public, on organisait des balades ouvertes à
    tous… », raconte-t-elle. Une manière directe et vivante d’associer les citoyens aux décisions
    d’aménagement.
    Un exemple frappant ? Une boucle cyclable autour du village. Pour la valider, l’équipe a organisé
    une sortie à vélo avec les habitants. Parmi eux, un conseiller municipal, facteur et marathonien,
    fin connaisseur des chemins locaux. « On n’aurait jamais trouvé aussi vite et aussi bien sans lui. »
    Cette boucle n’était plus seulement un tracé technique : elle devenait un itinéraire de vie, pensé
    pour le quotidien autant que pour le tourisme.
    A Monflanquin, l’école est perchée au sommet d’un village aux ruelles étroites. Chaque matin,
    des files de voitures encombraient les abords, créant insécurité et stress. L’équipe propose alors
    une idée simple : déposer les enfants en bas du village, sur un grand parking touristique, et leur
    permettre de monter à pied jusqu’à l’école via un chemin sécurisé et ludique, qui deviendra aussi un espace public du quotidien.
    Ce « chemin des écoliers » devient rapidement une réalité : les parents s’organisent, la commune aménage une aire de jeux sur le parcours, avec ponts de singe et toboggans. « C’est bon pour la santé, bon pour la ville, bon pour le vivre-ensemble », se réjouit l’architecte.

    Leçon tirée : les projets participatifs, quand ils sont sincères et construits dès le départ,
    fonctionnent. « Tous les projets réussis que j’ai menés avaient cette dimension collective. Ceux
    qui ont échoué, c’est quand on a présenté un projet déjà ficelé en réunion publique, sans vraie
    concertation. »
    Elle se souvient avec humilité de ses débuts, marqués par une réunion houleuse : « J’étais jeune,
    j’ai présenté un projet sur l’aménagement d’une place. Mais les habitants m’ont arrêté net : leur
    problème, ce n’était pas la place, c’était la traversée du village. » Une leçon fondatrice, qui l’a
    conduite à repenser sa méthode.
    Aujourd’hui, elle commence toujours par une phase de co-diagnostic avec les habitants : « On
    croise notre analyse d’experts avec leur expérience vécue. On s’assure ensemble qu’on se pose
    les bonnes questions, avant même de proposer des solutions. » Cette démarche, fondée sur la
    conscientisation collective, est pour elle la clé de projets urbains justes socialement et durables
    écologiquement, et vice versa.
    « On ne construit pas une ville pour les enfants. On la construit avec eux, et pour tous. C’est ça,
    l’intelligence collective. »

    Intervention d’un membre du public
    Il regrette que dans les discussions avec les urbanistes, les espaces naturels — comme les « 10
    000 hectares » de terre naturel et de garrigue autour de Nîmes — soient rarement pris en compte,
    alors qu’ils sont essentiels dans le contexte du dérèglement climatique et de l’érosion de la
    biodiversité.
    Il insiste sur l’importance d’agir à hauteur d’enfant, en s’appuyant sur des expériences menées en
    Afrique : plantation d’arbres dans les cours d’école, jardins pédagogiques, arbres fruitiers… Ces
    actions ont mobilisé les enfants, puis progressivement les adultes. Il estime qu’on peut
    transposer ces idées ici, notamment dans les quartiers sensibles, en créant des jardins familiaux
    adaptés aux pratiques alimentaires locales (comme la consommation de légumes frais par les
    populations d’origine nord-africaine).
    Pour lui, ces sujets sont de véritables enjeux de société — pas de simples à-côtés de l’urbanisme.
    Il appelle les communes à s’en saisir, notamment via les écoles (bâtiments municipaux), en
    développant des espaces verts éducatifs, des serres-écoles, des ateliers de cuisine, etc.
    L’objectif : reconnecter les enfants (et à travers eux les familles) à la nature, à l’alimentation, et
    aux savoir-faire agricoles — des leviers concrets pour mieux vivre et mieux concevoir la ville.

    « Et si la cour d’école devenait un jardin public ? »
    Dans un échange passionné, Nathalie défend une vision ambitieuse et profondément politique
    de la cour d’école : un espace à la croisée des enjeux éducatifs, écologiques et sociaux. « Si on
    commence à faire l’inventaire des projets où l’enfant est concerné dans la ville, on voit qu’on peut
    tirer des fils passionnants, à la fois politiques, écologiques et sociaux », affirme-t-elle.
    Partant de l’exemple des cours oasis, elle appelle à dépasser la simple végétalisation. La cour
    devient un outil de gestion intégrée des eaux pluviales, un îlot de fraîcheur, une zone favorable à
    la biodiversité, voire un jardin productif. « Pourquoi se contenter de plantes décoratives ? Pourquoi
    ne pas y planter des légumes, des arbres fruitiers ? » interroge-t-elle. Et de poser une autre
    question clé : est-ce vraiment un problème de rendre compatible une cour d’école avec un
    potager nourricier et / ou productif ?
    Pour elle, les véritables obstacles sont culturels et institutionnels : « Il y a des freins, et ce sont
    souvent les plus puissants. » Elle propose alors une bascule dans l’usage : ouvrir ces espaces trop
    souvent vacants en dehors des horaires scolaires — les soirs, les week-ends, les vacances —
    pour les transformer en jardins publics partagés. C’est le cœur de ce qu’elle appelle « les cours
    de rêve », une série de projets portés au sein de son agence. La cour n’est plus un simple lieu de
    passage pour les élèves, mais un espace de vie collective, pensé comme un bien commun.
    Et pourquoi pas en faire aussi un lieu de transmission intergénérationnelle ? « Dans certains
    quartiers, notamment ceux marqués par une forte immigration ou un vieillissement de la
    population, il y a des gens qui ont une connaissance précieuse du jardinage, mais plus la force
    physique pour le pratiquer. Pourquoi ne pas les inviter à transmettre ce savoir aux enfants, aux
    familles ? »
    Elle évoque également les jardins partagés comme modèles de démocratie participative à
    échelle locale. Un exemple parmi d’autres de cette ville à hauteur d’enfant qu’elle appelle de ses
    vœux : une ville où les usages, les temporalités, les ressources et les savoirs se croisent pour bâtir
    une écologie du quotidien.
    Antoine VASA : – Il y a une émission sur France Culture, où une philosophe parlait de cultiver la
    démocratie comme on cultive son jardin…
    Nathalie : – C’est exactement ça. L’espace public peut redevenir un terrain de culture, au sens
    propre comme au figuré…

    Incroyables Comestibles France | Jardins Partagés & Agriculture Urbaine
    Dans la lignée de sa réflexion sur la transformation des cours d’école, Nathalie Torrejon évoque
    avec enthousiasme le mouvement des Incroyables Comestibles : une initiative citoyenne née
    au Royaume-Uni, fondée sur une idée simple mais puissante — utiliser chaque mètre carré de
    terre disponible pour y planter des végétaux comestibles, accessibles à tous.
    « Une pelouse, bien sûr, c’est utile », reconnaît-elle. Les enfants ont besoin de courir, de jouer au
    ballon. « Mais en dehors de cet espace de jeu, pourquoi se contenter de quelques arbres et de
    petits arbustes taillés au cordeau pour ne pas déranger ? Pourquoi ne pas planter autre chose ? »
    Elle défend l’idée d’un projet éducatif et culturel complet autour du jardinage comestible. Planter
    avec les enfants, c’est leur faire comprendre que ce qu’ils mettent en terre et ce qu’ils retrouvent
    dans leur assiette, c’est une seule et même chaîne. Et dès qu’on tire ce fil, tout s’ouvre : des
    ateliers de cuisine peuvent naître, des échanges culturels autour de la nourriture, des épiceries
    solidaires, des lieux où l’on consomme autrement, collectivement.
    Pour Nathalie, il s’agit d’une écologie concrète, inclusive, et profondément sociale. « Quand on
    place les enfants au cœur de ces démarches, on est dans l’éducation, dans la transmission, dans
    le lien. On touche à tout ce qui fait la ville vivante. »
    Ainsi, des cours d’école ouvertes aux potagers collectifs, des Incroyables Comestibles aux
    ateliers culinaires intergénérationnels, c’est une autre conception de l’espace public qu’elle
    dessine : un espace nourricier, participatif et profondément humain.

    Intervention public : une école neuve et une immense frustration
    Agnès livre un contre-exemple concret issu de la réalité nîmoise, soulignant le décalage entre
    discours politique et pratiques réelles en matière de concertation et d’aménagement scolaire.
    Son école, récemment inaugurée après deux ans de travaux, est une vitrine écologique, en
    apparence : bâtiment labellisé, matériaux durables, isolation thermique et phonique. Pourtant, la
    cour d’école reste minérale, avec peu d’arbres (encore jeunes), pas de bancs, et des jeux
    inadaptés.
    Elle déplore que la concertation avec les enseignants ait été purement formelle : leurs
    propositions, collectées lors d’une demi-journée de travail, n’ont eu aucun impact sur le projet
    final. La cour offre peu d’ombre, pas de mobilier adapté, et les quelques bacs potagers sont
    inutilisables, car la terre est trop dure. Les élèves s’en servent… pour grimper dessus.
    Par ailleurs, de vastes terrasses en bois ont été construites, très esthétiques, mais peu
    fonctionnelles. L’espace extérieur donne l’impression d’un complexe de vacances plutôt que d’un
    lieu pédagogique.
    Un City stade a tout de même été installé dans le quartier, en zone REP, et utilisé hors temps
    scolaire. Mais là encore, l’usage reste genré : « foot, foot, foot », majoritairement accaparé par les
    garçons. Elle souligne l’absence de mixité dans l’usage des cours et le manque d’espaces pensés
    pour tous les enfants.
    En conclusion, elle exprime une frustration profonde : malgré des idées, de l’inventivité et l’envie
    sur le terrain, aucune volonté politique réelle ne semble soutenir une école pensée « à hauteur
    d’enfant ». Pour elle, c’est un rendez-vous manqué avec les besoins éducatifs, sociaux et
    écologiques des enfants.

    Volonté politique et architecture
    Nathalie souligne l’enjeu fondamental de la volonté politique. « C’est là que tout se joue », affirme
    t-elle, expliquant que cet aspect a motivé son propre engagement politique au sein des
    écologistes. Dans ses collaborations professionnelles avec les communes, elle insiste : pas de
    projet ambitieux sans un portage politique fort. Et surtout, pas de fausse promesse. « Il n’y a rien
    de pire que de générer de la frustration sous couvert de participation. »
    Nathalie dénonce ces « marchés de dupes », où l’on simule la concertation sans jamais en tenir
    compte, tout en communiquant abondamment sur une prétendue démarche participative. Elle y
    voit une forme d’humiliation, une trahison du lien de confiance entre institutions et citoyens.
    Elle évoque ensuite sa propre trajectoire : un besoin viscéral de transmettre la culture, né d’un
    sentiment d’injustice face à ce qu’elle a découvert tardivement. Et elle partage une citation
    marquante de l’urbaniste Jean Balladur :
    « Le talent politique qui rougirait d’envoyer une lettre bourrée de fautes n’hésite pourtant pas à
    faire édifier un bâtiment laid aux yeux des spécialistes. »
    Citant en exemple l’école évoquée par Agnès, elle déplore que le paraître architectural prenne
    souvent le pas sur l’usage réel : les belles terrasses en bois feront sans doute la fierté des revues
    d’architecture, mais qu’en est-il du confort et des usages des enfants ? Elle appelle à repenser en
    profondeur les concours, les pratiques de conception, et la formation des architectes pour sortir
    d’une culture de l’image.
    « Être dans l’être, pas dans le paraître », conclut-elle, appelant à une réflexion collective dans la
    construction d’une ville donc, réellement à hauteur d’enfant.

    J’ai trois passions dans ma vie : les enfants, les paysages et l’architecture.